Question d’âge… ou pas


Il y a quelques semaines, lors d’un rendez-vous professionnel pour tenter de décrocher un job, j’ai été chagrinée par mon interlocuteur lorsque celui-ci a réagi quand j’ai, à sa demande, mentionné mon âge… Oh, il n’a pas ricané, sourit en coin ou émit la moindre remarque désobligeante, non. Seul un mouvement à peine perceptible dans son corps, une très légère variation des lignes de son visage ont trahi sa réaction. Et oui, il faut savoir qu’au jeu subtil du décryptage corporel, je suis passée maître depuis quelques temps déjà.


A vrai dire je n’ai pas du tout été chagrinée, je te dis ça juste pour la forme. Pour le fond, ni tristesse ni abattement, pas tentée non plus de lui allonger une baffe (vu la distance qui nous séparait, il m’aurait fallu un bras télescopique). Non, rien de tout ça n’a fait surface, mon cerveau a juste perçu et enregistré ce micro mouvement pour ce qu’il était : une réaction.


Dans ma tête j’en ai encore 45 ans, voire 48 selon les jours. Dans mon corps, pas plus. Malgré quelques kilos pris ces dernières années, il n’en demeure pas moins que je suis toujours aussi dynamique, tonique sous des rondeurs confortables qui ne m’empêchent ni de faire du yoga quotidiennement ni de marcher longtemps. Je me lève tôt tous les jours, je médite, je lis, j’écris, je continue d’apprendre toute seule dans mon coin et par mes propres moyens. Mémoire, corps et esprit n’ont jamais été aussi affûtés. Oui, j'ai les cheveux gris, de ce gris argenté et brillant que j'exhibe fièrement, mon épiderme ayant refusé les produits toxiques des colorations depuis 15 ans.


Donc je réagis, comme le recruteur de l’autre jour. Et je constate avec effarement (étonnée peut-être aussi) d'être passée sans l’avoir jamais décidé dans le camp des séniors. Malgré une connaissance du métier et plus de 30 années d’expérience, ça n’intéresse personne. Bien sûr, j’ai conscience de la période délicate que nous traversons : les jeunes qui arrivent sur le marché du travail plus ou moins formés, la conjoncture, l’état de la conscience collective, les objectifs des entreprises… Mais quand même.


Ne va pas croire que j’ai un coup de blues, je ne me plains pas non plus. Non. Je fais juste un petit point avec moi-même.

Parce que je vais devoir faire autrement ces prochains mois. Comme changer mon angle de vue, créer un avenir où je n’aurais plus besoin d’entendre et d'attendre d’un tiers « on vous tiens au courant »... parce que personne ne veut me dire en face que mon âge pose problème à cette société de jeunes vieux.


En attendant que ça se précise, je continue de postuler et d'honorer de ma présence les rendez-vous que l’on me propose, histoire de montrer que, histoire de tenir la dragée haute à ce système qui s’effondre doucement.


59 ans, ce n’est qu’un nombre et ce n’est pas une maladie.

C'est un potentiel incroyable.

Et moi je te dis que le meilleur est encore à venir, pour tous.


A bientôt !